Devons-nous encore parler d’intégration ? (Une contribution de Ruben Urrutia)

Publié le

Devons-nous encore parler d’intégration ? (Une contribution de Ruben Urrutia)

Devons-nous encore parler d’intégration ? (Une contribution de Ruben Urrutia)

Contribution de Ruben URRUTIA qualité…., Françoise Dumont vice P.te de la LDH, présidente du droit à la Langue, Jean Bellanger président d’honneur droit a la langue, ancien responsable immigration CGT confédéral Souad pt e de l’AMF et chargé de mission a droit à la la langue

-L’intégration c’est, aujourd’hui, l’excuse que l’on utilise en permanence pour rejeter. Cela est parfaitement compréhensible dans ce sens que l’intégration renvoie à une société identitaire qui se protégerait. C’est ce qui explique le débat sur « l’identité nationale » vite retiré mais toujours présent dans les discours implicitement ou explicitement de l’extrême droite et des droites populaires.

L’intégration refuse l’adaptation mutuelle et l’enrichissement des différences. C’est un refus d’une identité universelle telle que la prône N. MANDELA quand il parle de : « l’irréversible processus d’emmêlement et d’entrelacement des cultures et des peuples… »

-En outre faciliter l’intégration donne aussi l’impression qu’il s’agit d’un processus jamais fini. Hors certains de ceux qu’on dit ne pas être intégrés sont passés par tous les circuits de l’intégration.

Autre exemple significatif on dit encore et toujours : jeunes issus de l’immigration. Est-ce pour les distingués ? ( si oui pourquoi ?) La plupart d’entre eux sont français leurs parents eux-mêmes le sont souvent.

Prendre pour prétexte les conséquences d’un rejet pour expliquer, voire justifier la séparation qui peut très vite se transformer en ségrégation c’est vouloir donner un sens, une justification à la cause. C’est en fait conduire à l’enfermement. A partir de là on a beau jeu de se donner de nouvelles raisons de prendre le communautarisme comme preuve de la non intégration. Ainsi la boucle est bouclée.

Peut-on vraiment, aujourd’hui, affirmer que les jeunes, de la deuxième ou la troisième génération, ne sont pas intégrés ? Qui peut sérieusement affirmer cela ?

Rappelons que l’intégration est un concept que l’on a substitué à l’assimilation parce cette dernière n’était plus admissible ou plutôt était intolérable tant elle

laissait supposer que l’on devait se plier à la culture dominante. Nous étions dans le début des années 90 (ou l’en parlait du « seuil » de tolérance) . Le FAS c’est ainsi que s’appelait le Fonds social d’aide aux travailleurs immigrés, devait en écho à la définition données par le Haut Conseil à l’Intégration ( 1) dire de l’intégration : qu’elle n’était ni un renoncement ni une conversion, mais plutôt un acte positif

Bon nombre d’écrivains : philosophes, sociologues, et autres analystes nous disent et cela depuis longtemps que nous sommes au commencement d’un monde. Le monde s’est ouvert quel que soit le nom que l’on donne à ce phénomène : globalisation, mondialisation… Il a fait rentrer la différence au cœur des sociétés et aussi, mais plus difficilement au cœur des consciences. C’est désormais chez nous que s’effectuent les mélanges.

Cela fait peur à beaucoup comme si nous étions les meilleurs et que ce mélange allait nous altérer. C’est un défi auquel nous sommes confrontés. C’est un défi qu’il nous faut affronter. Bien sûr il y a les mauvais augures qui prévoient « le choc des civilisations » et qui voudraient qu’aux blocs idéologiques du 20° siècle succéderait un choc beaucoup plus violent qui opposerait les civilisations. (Professeur Huntington).

Cette démarche est appelé ,le réarmement de « l’idéologie ethno-nationaliste » qui soutient les états nations et qui permet de diffuser des thèmes de plus en plus interprétés sous l’angle de la menace « d’ennemis intérieurs ». L’adversaire désigné succédant au péril communiste étant le terrorisme musulman.

C’est le libéralisme qui a créé les ouvertures. Libre circulation des produits, des travailleurs, des usines… C’est lui qui nous a permis de constater qu’après tout il n’y a peut-être pas que la civilisation occidentale pour défendre les droits de l’homme, la liberté et la démocratie.

Le dehors est arrivé chez nous. Il frappe depuis de nombreuses années à nos frontières et les franchit. Nulle douane, nulle gendarmerie ne pourra s’opposer à ces entrées. Que nous le voulions ou non nous serons pluriels et métis. Que ce brassage, ce métissage nous posent des problèmes nouveaux est une évidence mais il est aussi une richesse. Que nous vivions dans une société multiculturelle, multicultuelle est tout aussi évident et qu’il nous faille appréhender ces problèmes est non seulement incontournable mais indispensable pour le bien-être de tous.

Il nous faut parler aujourd’hui d’inclusion dans la société dans le respect de chacun et celui de la règle commune par chacun d’entre nous. Le point de départ est le même qu’on soit ici ou qu’on arrive d’ailleurs.

Nous devons combattre ces pouvoirs qui lorsqu’il y a des tensions sociales recrée du sens politique avec les instruments du protectionnisme et la xénophobie, de l’apologie même de l’identité nationale. De la même façon que nous devons être attentifs à des phénomènes qui sont la conséquence des rejets. On le constate, le rejet conduit à l’enfermement et cet enfermement construit des outils qui le caractérisent c’est le cas du langage, d’une culture nouvelle qui contrairement à la définition de la culture dont la fonction première est de renforcer la cohésion sociale du groupe en conférant une légitimité aux relations sociales et en permettant à tous d’accéder à la langue du pays d’accueil et a sa culture tout en respectant l’identité de l’autre nous voulons faciliter cette « inclusion » dans la société française dont parle Thierry Tuot dans son rapport au premier ministre sur la « refondation des politiques d’intégration »

J CL. GUILLEBAULT dit de la langue elle « s’est forgée dans l’exclusion ou le rejet communautaire. La langue des cités est une forteresse de mots habités comme un refuge identitaire ». Dans une enquête de France 3 à propos de la langue

un jeune de 16 ans dit : « Elle nous unit tous, cette langue »… « Si on me l’enlève, c’est comme si j’avais oublié tout ce que j’ai vécu dans la cité ». Et cette autre qui affirme fièrement : « c’est nous qui l’avons inventée » « l’autre France, ils ne peuvent pas comprendre, c’est pire qu’une frontière, c’est un mur ». Il ne s’agit pas pour nous de condamner mais de comprendre. Pour comprendre qu’il est temps de réagir. Qu’il est temps de condamner toutes ces phrases qui parce qu’elles sont ce que beaucoup pensent tout bas sont dites souvent pour des raisons électoralistes.

Il y a trente ans des jeunes « beurs » faisaient des marches pour dénoncer le racisme et pour affirmer leur existence. 30 ans après où en sommes-nous ?

Pour terminer rappelons ces phrases de N. MANDELA « s’est rappeler une donnée immédiate, inexorable, dont l’origine se situe sans doute au début des temps modernes : l’irréversible processus d’emmêlement et d’entrelacement des cultures, des peuples et des nations » et « d’un mode qui vient, d’un monde en avant de nous, dont la destination est universelle ; un monde débarrassé du fardeau de la race, du ressentiment et du désir de vengeance qu’appelle toute situation de racisme ».

Publié dans Contributions, textes ...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article